Манифест символизма (статья Ж. Мореаса): текст — Le Symbolisme; текст перевода (в сокр.)

Автор — Жан Мореас (Mor?as) (псевд., настоящее имя — Яннис, иначе Иоаннис Пападиамандопулос, 15.04.1856, Афины, — 30.04.1910, Сен-Манде, департамент Сена) — французский поэт греческого происхождения.

Название «Манифест символизма» стало традиционным, в первой публикации в литературном приложении к газете «Фигаро» (суббота, 18 сентября 1886 г., с. 1–2) статья Мореаса называлась «Символизм» («Le Symbolisme»).

В «Манифесте символиз­ма» Мореасом была сформулирована эстетическая программа, охватывающая как вопросы содержания, так и вопросы формы символистских произведений, появился сам термин «символизм».

Текст подлинника приводится по источнику, сверенному с первой публикацией (выполнил Francesco Viriat): http://www.berlol.net/chrono/chr1886a.htm

 

Le Symbolisme

 

Comme tous les arts, la litt?rature ?volue: ?volution cyclique avec des retours strictement d?termin?s et qui se compliquent des diverses modifications apport?es par la marche du temps et les bouleversements des milieux. Il serait superflu de faire observer que chaque nouvelle phase ?volutive de l’art correspond exactement ? la d?cr?pitude s?nile, ? l’in?luctable fin de l’?cole imm?diatement ant?rieure. Deux exemples suffiront: Ronsard triomphe de l’impuissance des derniers imitateurs de Marot, le romantisme ?ploie ses oriflammes sur les d?combres classiques mal gard?s par Casimir Delavigne et ?tienne de Jouy. C’est que toute manifestation d’art arrive fatalement ? s’appauvrir, ? s’?puiser; alors, de copie en copie, d’imitation en imitation, ce qui fut plein de s?ve et de fra?cheur se dess?che et se recroqueville; ce qui fut le neuf et le spontan? devient le poncif et le lieu commun. ?  Ainsi le romantisme, apr?s avoir sonn? tous les tumultueux tocsins de la r?volte, apr?s avoir eu ses jours de gloire et de bataille, perdit de sa force et de sa gr?ce, abdiqua ses audaces h?ro?ques, se fit rang?, sceptique et plein de bon sens; dans l’honorable et mesquine tentative des Parnassiens, il esp?ra de fallacieux renouveaux, puis finalement, tel un monarque tomb? en enfance, il se laissa d?poser par le naturalisme auquel on ne peut accorder s?rieusement qu’une valeur de protestation, l?gitime mais mal avis?e, contre les fadeurs de quelques romanciers alors ? la mode.

Une nouvelle manifestation d’art ?tait donc attendue, n?cessaire, in?vitable. Cette manifestation, couv?e depuis longtemps, vient d’?clore. Et toutes les anodines fac?ties des joyeux de la presse, toutes les inqui?tudes des critiques graves, toute la mauvaise humeur du public surpris dans ses nonchalances moutonni?res ne font qu’affirmer chaque jour davantage la vitalit? de l’?volution actuelle dans les lettres fran?aises, cette ?volution que des juges press?s not?rent, par une incroyable antinomie, de d?cadence. Remarquez pourtant que les litt?ratures d?cadentes se r?v?lent essentiellement coriaces, filandreuses, timor?es et serviles: toutes les trag?dies de Voltaire, par exemple, sont marqu?es de ces tavelures de d?cadence. Et que peut-on reprocher, que reproche-t-on ? la nouvelle ?cole? L’abus de la pompe, l’?tranget? de la m?taphore, un vocabulaire neuf ou les harmonies se combinent avec les couleurs et les lignes: caract?ristiques de toute renaissance.

Nous avons d?j? propos? la d?nomination de symbolisme comme la seule capable de d?signer raisonnablement la tendance actuelle de l’esprit cr?ateur en art. Cette d?nomination peut ?tre maintenue.

Il a ?t? dit au commencement de cet article que les ?volutions d’art offrent un caract?re cyclique extr?mement compliqu? de divergences: ainsi, pour suivre l’exacte filiation de la nouvelle ?cole, il faudrait remonter jusqu’? certains po?mes d’Alfred de Vigny, jusques ? Shakespeare, jusqu’aux mystiques, plus loin encore. Ces questions demanderaient un volume de commentaires; disons donc que Charles Baudelaire doit ?tre consid?r? comme le v?ritable pr?curseur du mouvement actuel; M. St?phane Mallarm? le lotit du sens du myst?re et de l’ineffable; M. Paul Verlaine brisa en son honneur les cruelles entraves du vers que les doigts prestigieux de M. Th?odore de Banville avaient assoupli auparavant. Cependant le Supr?me enchantement n’est pas encore consomm?: un labeur opini?tre et jaloux sollicite les nouveaux venus.

 

***

 

Ennemie de l’enseignement, la d?clamation, la fausse sensibilit?, la description objective, la po?sie symbolique cherche ? v?tir l’Id?e d’une forme sensible qui, n?anmoins, ne serait pas son but ? elle-m?me, mais qui, tout en servant ? exprimer l’Id?e, demeurerait sujette. L’Id?e, ? son tour, ne doit point se laisser voir priv?e des somptueuses simarres des analogies ext?rieures; car le caract?re essentiel de l’art symbolique consiste ? ne jamais aller jusqu’? la concentration de l’Id?e en soi. Ainsi, dans cet art, les tableaux de la nature, les actions des humains, tous les ph?nom?nes concrets ne sauraient se manifester eux-m?mes; ce sont l? des apparences sensibles destin?es ? repr?senter leurs affinit?s ?sot?riques avec des Id?es primordiales.

L’accusation d’obscurit? lanc?e contre une telle esth?tique par des lecteurs ? b?tons rompus n’a rien qui puisse surprendre. Mais qu’y faire? Les «Pythiques» de Pindare, l’ «Hamlet» de Shakespeare, la «Vita Nuova» de Dante, le «Second Faust» de Goethe, la «Tentation de Saint-Antoine» de Flaubert ne furent-ils pas aussi tax?s d’ambigu?t??

Pour la traduction exacte de sa synth?se, il faut au symbolisme un style arch?type et complexe; d’impollu?s vocables, la p?riode qui s’arc-boute alternant avec la p?riode aux d?faillances ondul?es, les pl?onasmes significatifs, les myst?rieuses ellipses, l’anacoluthe en suspens, tout trop hardi et multiforme; enfin la bonne langue — instaur?e et modernis?e, la bonne et luxuriante et fringante langue fran?aise d’avant les Vaugelas et les Boileau-Despr?aux, la langue de Fran?ois Rabelais et de Philippe de Commines, de Villon, de Ruteboeuf et de tant d’autres ?crivains libres et dardant le terme acut du langage, tels des Toxotes de Thrace leurs fl?ches sinueuses.

Le RYTHME: l’ancienne m?trique aviv?e; un d?sordre savamment ordonn?; la rime illucescente et martel?e comme un bouclier d’or et d’airain, aupr?s de la rime aux fluidit?s absconses; l’alexandrin ? arr?ts multiples et mobiles; l’emploi de certains nombres premiers – sept, neuf, onze, treize — r?solus en les diverses combinaisons rythmiques dont ils sont les sommes.

 

***

 

Ici je demande la permission de vous faire assister ? mon petit INTERMEDE tir? d’un pr?cieux livre: «Le Trait? de Po?sie Fran?aise», o? M. Th?odore de Banville fait pousser impitoyablement, tel le dieu de Claros, de monstrueuses oreilles d’?ne sur la t?te de maint Midas.

Attention!

Les personnages qui parlent dans la pi?ce sont:

UN DETRACTEUR DE L’ECOLE SYMBOLIQUE ?M. THEODORE DE BANVILLE ?ERATO

Sc?ne Premi?re

LE DETRACTEUR. — Oh! ces d?cadents! Quelle emphase! Quel galimatias! Comme notre grand Moli?re avait raison quand il a dit:

Ce style figur? dont on fait vanit? ?Sort du bon caract?re et de la v?rit?.

THEODORE DE BANVILLE. — Notre grand Moli?re commit l? deux mauvais vers qui eux-m?mes sortent autant que possible du bon caract?re. De quel bon caract?re? De quelle v?rit?? Le d?sordre apparent, la d?mence ?clatante, l’emphase passionn?e sont la v?rit? m?me de la po?sie lyrique. Tomber dans l’exc?s des figures et de la couleur, le mal n’est pas grand et ce n’est pas par l? que p?rira notre litt?rature. Aux plus mauvais jours, quand elle expire d?cid?ment, comme par exemple sous le premier Empire, ce n’est pas l’emphase et l’abus des ornements qui la tuent, c’est la platitude. Le go?t, le naturel sont de belles choses assur?ment moins utiles qu’on ne le pense ? la po?sie. Le Rom?o et Juliette de Shakespeare est ?crit d’un bout ? l’autre dans un style aussi affect? que celui du marquis de Mascarille; celui de Ducis brille par la plus heureuse et la plus naturelle simplicit?.

LE DETRACTEUR. — Mais la c?sure, la c?sure! On viole la c?sure!!

THEODORE DE BANVILLE. — Dans sa remarquable prosodie publi?e en 1844, M. Wilhem Tenint ?tablit que le vers alexandrin admet douze combinaisons diff?rentes, en partant du vers qui a sa c?sure apr?s la premi?re syllabe, pour arriver au vers qui a sa c?sure apr?s la onzi?me syllabe. Cela revient ? dire qu’en r?alit? la c?sure peut ?tre plac?e apr?s n’importe quelle syllabe du vers alexandrin. De m?me, il ?tablit que les vers de six, de sept, de huit, de neuf, de dix syllabes admettent des c?sures variables et diversement plac?es. Faisons plus: osons proclamer la libert? compl?te et dire qu’en ces questions complexes l’oreille d?cide seule. On p?rit toujours non pour avoir ?t? trop hardi mais pour n’avoir pas ?t? assez hardi.

LE DETRACTEUR. — Horreur! Ne pas respecter l’alternance des rimes! Savez-vous, Monsieur, que les d?cadents osent se permettre m?me l’hiatus! m?me l’hiatus!!

THEODORE DE BANVILLE. — L’hiatus, la diphtongue faisant syllabe dans le vers, toutes les autres choses qui ont ?t? interdites et surtout l’emploi facultatif des rimes masculines et f?minines fournissaient au po?te de g?nie mille moyens d’effets d?licats toujours vari?s, inattendus, in?puisables. Mais pour se servir de ce vers compliqu? et savant, il fallait du g?nie et une oreille musicale, tandis qu’avec les r?gles fixes, les ?crivains les plus m?diocres peuvent, en leur ob?issant fid?lement, faire, h?las! des vers passables! Qui donc a gagn? quelque chose ? la r?glementation de la po?sie? Les po?tes m?diocres. Eux seuls!

LE DETRACTEUR. — Il me semble pourtant que la r?volution romantique…

THEODORE DE BANVILLE. — Le romantisme a ?t? une r?volution incompl?te. Quel malheur que Victor Hugo, cet Hercule victorieux aux mains sanglantes, n’ait pas ?t? un r?volutionnaire tout ? fait et qu’il ait laiss? vivre une partie des monstres qu’il ?tait charg? d’exterminer avec ses fl?ches de flammes!

LE DETRACTEUR. — Toute r?novation est folie! L’imitation de Victor Hugo, voil? le salut de la po?sie fran?aise!

THEODORE DE BANVILLE. — Lorsque Hugo eut affranchi le vers, on devait croire qu’instruits ? son exemple les po?tes venus apr?s lui voudraient ?tre libres et ne relever que d’eux-m?mes. Mais tel est en nous l’amour de la servitude que les nouveaux po?tes copi?rent et imit?rent ? l’envi les formes, les combinaisons et les coupes les plus habituelles de Hugo, au lieu de s’efforcer d’en trouver de nouvelles. C’est ainsi que, fa?onn?s pour le joug, nous retombons d’un esclavage dans un autre, et qu’apr?s les poncifs classiques, il y a eu des poncifs romantiques, poncifs de coupes, poncifs de phrases, poncifs de rimes; et le poncif, c’est-?-dire le lieu commun pass? ? l’?tat chronique, en po?sie comme en toute autre chose, c’est la Mort. Au contraire, osons-vivre! et vivre c’est respirer l’air du ciel et non l’haleine de notre voisin, ce voisin f?t-il un dieu!

Sc?ne II

ERATO (invisible). — Votre «Petit Trait? de Po?sie Fran?aise» est un ouvrage d?licieux, ma?tre Banville. Mais les jeunes po?tes ont du sang jusques aux yeux en luttant contre les monstres affen?s par Nicolas Boileau; on vous r?clame au champ d’honneur, et vous vous taisez ma?tre Banville!

THEODORE DE BANVILLE (r?veur). — Mal?diction! Aurais-je failli ? mon devoir d’a?n? et de po?te lyrique!

(L’auteur des «Exil?s» pousse un soupir lamentable et l’interm?de finit.)

 

***

 

La prose, — romans, nouvelles, contes, fantaisies, — ?volue dans un sens analogue ? celui de la po?sie. Des ?l?ments, en apparence h?t?rog?nes, y concourent: Stendhal apporte sa psychologie translucide, Balzac sa vision exorbit?e, Flaubert ses cadences de phrases aux amples volutes. M. Edmond de Goncourt son impressionnisme modernement suggestif. ? La conception du roman symbolique est polymorphe: tant?t un personnage unique se meut dans des milieux d?form?s par ses hallucinations propres, son temp?rament; en cette d?formation g?t le seul r?el. Des ?tres au geste m?canique, aux silhouettes obombr?es, s’agitent autour du personnage unique: ce ne lui sont que pr?textes ? sensations et ? conjectures. Lui-m?me est un masque tragique ou bouffon, d’une humanit? toutefois parfaite bien que rationnelle. — Tant?t des foules, superficiellement affect?es par l’ensemble des repr?sentations ambiantes, se portent avec des alternatives de heurts et de stagnances vers des actes qui demeurent inachev?s. Par moments, des volont?s individuelles se manifestent; elles s’attirent, s’agglom?rent, se g?n?ralisent pour un but qui, atteint ou manqu?, les disperse en leurs ?l?ments primitifs. — Tant?t de mythiques phantasmes ?voqu?s, depuis l’antique D?mogorg?n jusques ? B?lial, depuis les Kabires jusques aux Nigromans, apparaissent fastueusement atourn?s sur le roc de Caliban ou par la for?t de Titania aux modes mixolydiens des barbitons et des octocordes. ? Ainsi d?daigneux de la m?thode pu?rile du naturalisme, — M. Zola, lui, fut sauv? par un merveilleux instinct d’?crivain — le roman symbolique — impressionniste ?difiera son oeuvre de d?formation subjective, fort de cet axiome: que l’art ne saurait chercher en l’objectif qu’un simple point de d?part extr?mement succinct.

Jean Mor?as

Перевод (в сокращении):

Мы уже предложили название СИМВОЛИЗМ, ибо только оно способно правильно обозначить современную направленность творческого духа в искусстве. Это название можно сохранить.

В начале этой статьи уже говорилось о том, что развитию искусства присущ циклический характер, крайне осложненный дивергенцией; таким образом, чтобы выявить действительную преемственность новой школы, нужно было бы обратиться к известным поэмам Альфреда де Виньи, к Шекспиру, к мистикам и еще дальше. Эти вопросы потребовали бы тома комментариев; скажем все же, что Шарль Бодлер должен рассматриваться как подлинный предшественник современного движения; г-н Маллар­ме открыл в нем ощущение таинственного и невыразимого; г-н Поль Верлен, к своей чести, разорвал жестокие путы стиха, которому чудесные персты г-на Теодора де Банвиля еще раньше придали гибкость. Однако Высшее Волшебство пока еще не до­стигло совершенства: упорный, ревностный труд будоражит новое пополнение.

Противница наставлений, декламации, фальшивой чувствительности, объективного описания символистская поэзия пытает­ся одеть Идею в осязаемую форму, которая, однако, не была бы ее самоцелью, а, не переставая служить выражению Идеи, сохра­няла бы подчиненное положение. Идея, в свою очередь, вовсе не должна показываться без роскошных одеяний внешних аналогий; ибо подлинный характер символического искусства состоит в том, чтобы никогда не доходить до познания Идеи-в-себе. Таким образом, в этом искусстве картины природы, поступки людей, все конкретные явления не могли бы выступать сами по себе: здесь это осязаемые оболочки, имеющие целью выявить свое скрытое род­ство с первичными Идеями.

Обвинение в непонятности, необдуманно брошенное такой эстетике читателями, не содержит ничего удивительного. Но что делать? Не обвинялись ли в двусмысленности «Пифийские оды» Пиндара, «Гамлет» Шекспира, «Новая жизнь» Данте, «Второй Фауст» Гете, «Искушение святого Антония» Флобера?

Для ясного толкования своего синтеза Символизму нужен стиль первозданный и сложный: нетронутые слова, волнообразное чередование периодов, наполненные значением плеоназмы, загадочные эллипсисы, неопределенный анаколуф, всякий смелый и многообразный троп — наконец, хороший язык — тот, который сложился раньше всяких Вожла и Буало-Депрео, язык Франсуа Рабле и Филиппа де Коммина, Вийона, Рютбёфа.

РИТМ: обновленная старинная метрика; искусно организованный беспорядок; рифма блестящая и чеканная, как щит из зо­лота и бронзы, рядом с затемненной аморфной рифмой; александ­рийский стих с частыми и нефиксированными остановками, обращение к свободному размеру.

(Перевод Вл. А. Лукова)

«Манифест символизма» принес Мореасу широкую известность. См. статью: Мореас Жан.

Вл. А. Луков, М. В. Луков

Этапы литературного процесса: Рубеж XIX–ХХ веков. — Теория и история литературы: Направления, Течения, школы: Символизм. — Произведения и герои: Произведения. — Тексты произведений: На французском языке; На русском языке.

 

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